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ex-nihilo
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES
2017
Ex-nihilo est un projet d’édition de mon mémoire de DSAA, consacré à la création dite “à partir de rien”. Il interroge la place de l’intuition dans les processus de création et la manière dont une forme, un sens ou une narration peuvent émerger avant tout cadre formalisé ou brief initial.
Ce travail ne remet pas en cause les méthodes, mais questionne leur place dans la temporalité créative : l’intuition comme point d’émergence, la méthode comme outil de structuration, d’analyse et de mise en cohérence.
Dans les pratiques de création, l’intuition est souvent reléguée au second plan, au profit de méthodes, de références et de cadres rationnels censés sécuriser la décision. Dans les domaines artistiques comme dans le design, ces outils sont nécessaires. Mais lorsqu’ils deviennent prescriptifs, ils tendent à produire des réponses attendues, normées, parfois déconnectées de la singularité du geste créatif. L’intuition constitue un mode de décision à part entière, nourri par l’expérience, le vécu et la culture de l’individu, sans pour autant les reproduire consciemment.
“La création intuitive peut donc se qualifier de pure en considérant que tout ce qui constitue l‘intuition (même si cela est d‘ordre extérieur) est ce qui la fait exister. De plus, la décision intuitive n‘emprunte rien aux éléments existants en tant que tels, puisqu‘elle dépend à la fois de l‘intuition de l‘individu [...] et de son présent. Bref, les éléments qui servent cette décision appartiennent au vécu et à l‘expérience, mais le choix final qui en résulte n‘est nullement emprunté et c‘est lui qui constitue la création intuitive.”
Extrait de la deuxième partie, Intuition
Ex-nihilo a profondément structuré ma manière d’aborder le design : laisser émerger une intention juste, puis mobiliser les outils UX pour la rendre lisible, cohérente et partageable.
ce que j’ai appris
[01]
ma manière de concevoir des systèmes créatifs
Accepter que la première impulsion précède l’analyse, que la forme ou l’idée émerge avant d’être rationalisée, testée et structurée.
[02]
Mon rapport à l’UX comme outil de structuration
Laisser de l’espace à l’intuition en amont, puis mobiliser les outils UX pour confronter, affiner et rendre lisibles ces choix auprès des utilisateurs.
[03]
ma sensibilité aux expériences
Me nourrir de tout ce qui m’entoure et me touche pour alimenter mon intuition et m’en servir comme moteur dans tout ce que je produis.
Je laisse ici l’introduction qui pose le cadre théorique et sensible de ma réflexion sur la création intuitive.
“Au cours d‘une expérience professionnelle réalisée dans le but de découvrir l‘univers de l‘entreprise, le directeur artistique nous demandait, avant même que nous n‘ayons pu gribouiller quelques pistes d‘idées, de “piger” sur le sujet pour nous permettre de voir et d‘avoir en référence des visuels qui s‘approcheraient ou représenteraient le résultat souhaité. Ce n‘était qu‘une fois le dossier constitué que pouvait démarrer la “création”. Nous mettons ce terme entre guillemets car pour nous, s‘inspirer directement d‘un travail déjà fait qui plus est correspondant en tout point à ce qui est attendu, c‘est feindre de minorer la copie en se gargarisant d‘être inventif.Nous nous sommes alors posé cette question : la création pure existe-t-elle ? A priori cette interrogation n‘a peu ou pas de sens dans la mesure où, comme la perfection, la pureté n‘est pas de ce monde ; le monde humain est par nature bigarré, composite et mêlé. Pourtant, si nous tenons à croire en l‘existence de la pureté en matière de création, c‘est dans le sens où ce qui est ou serait “pur” renverrait à une absence d‘influence extérieure au sujet, une sorte d‘innocence propre au sujet créatif. Mais alors comment caractériser cette “pureté” ? De quoi celle-ci est-elle le nom au juste ?Nous avons analysé chacune des définitions proposées par le CNRTL02 afin de cerner cette notion polysémique. Ainsi le terme “pur” signifie “qui est sans mélange ; qui ne contient pas d‘élément étranger” mais aussi “qui n‘est pas altéré ; qui n‘est pas corrompu, souillé par un autre élément”, “qui ne dépend pas d‘une autre réalité, d‘une autre faculté”, “qui ne dépend pas de l‘expérience” et enfin “qui donne une impression esthétique sans se référer à quelqu‘un ou à quelque chose appartenant au monde réel ou imaginaire; qui n‘est ni descriptif, ni figuratif”. Rapprochant ces définitions de notre idée de la création pure, nous obtenons un syntagme qui signifie une extériorisation du for intérieur et uniquement de cela, sans l‘ajout d‘éléments externes, notamment culturels. Un processus de création immaculé, vierge de toute intervention extérieure, tel sera le mode opératoire de l‘intuition sur lequel il faudra s‘attarder.Nous ne prétendons pas que tout designer agisse ainsi et nous ne partons pas non plus du postulat qu‘il est possible de créer sans référence (qu‘elles soient directes ou non). Nous sommes tous imprégnés d‘images et de culture, qui surgissent inconsciemment ou non au cours de nos instants de création. C‘est pourquoi nous nous sommes intéressés aux actes guidés par une force sur laquelle nous n‘exerçons ni pression ni contrôle. Des actes qui seraient immaculés de toute culture, des actes purement créatifs, directs, sans détour possible : des actes instinctifs ou intuitifs.Ce que nous voulons, c‘est interroger l‘instinct en tant que puissance interne dont la connaissance consciente est suffisamment faible pour que l‘on ne puisse la contrôler mais suffisamment forte pour qu‘il ne s‘agisse pas d‘un simple réflexe. Cette réaction complexe intrigue de nombreux chercheurs, philosophes et artistes qui n‘ont pas manqué de chacun donner leur propre définition de l‘instinct ou, du moins, d‘en proposer une théorie. Là où certains ne voient qu‘un acte presqu‘automatique ne faisant aucunement appel à l‘intelligence de l‘être vivant, d‘autres pointent une expérience de l‘esprit où le for intérieur s‘exprime selon des règles innées mais où la part de liberté et de variation existe et permet une réaction moins rigide qu‘il n‘y paraît.Et si l‘intuition était, d‘une certaine manière, ce qui tient lieu d‘instinct pour le genre humain ? Existerait-il des situations singulières permettant de faire jaillir cette intuition enfouie, de la saisir pour s‘en emparer, afin de la former tel un feutre et de dessiner avec l‘encre qui l‘anime ? Précisons alors : un bon design serait certes un design bien exécuté. Mais ce qui nous intéresse ici, c‘est ce qui précède l‘exécution, ce qui se passe ou se trame à même le geste créateur ; ce qui plonge ses racines aussi bien dans les profondeurs du corps propre que dans les limbes du psychisme, voire à la croisée, à leur point de rencontre, là où se nouent les fibres animales et le jaillissement des idées, bref, là où on ne distingue pas encore l‘animalité de l‘humanité, la part de l‘instinct et la part de l‘intuition.Par ailleurs, qu‘est ce qui fait d‘un designer un être créatif ? Si la création s‘enracine dans un fond instinctif ou instinctuel, si l‘acte créateur procède d‘une intuition, cela implique-t-il que tout le monde puisse être designer ? L‘instinct à lui seul semble ne pas suffire comme nous aurons à le montrer. L‘intuition est-elle alors redevable d‘autres choses, comme de l‘inconscient mais aussi du travail, ou de sa reprise sur un plan qui n‘est plus seulement intuitif ?Nous nous demandons alors s‘il est possible de mettre à profit autre chose que notre expérience et nos références culturelles dans l‘utopique dessein de créer autrement. Que serait le design ex-nihilo s‘il se basait uniquement (du moins le plus possible) sur notre puissance intérieure ? Que serait la création fondée sur notre véritable intuition, ces états qui sommeillent en nous, qui nous échappent et qui ne s‘expriment que dans certaines circonstances ? Comment peut-on exploiter notre imagination — dans son rapport à l‘instinct — dont nous manquons ou que nous oublions trop souvent au profit d‘images plus concrètes et réelles qu‘ont réalisées nos pairs ? L‘homme a abandonné son aspect animal et aussi par là son instinct au profit de sa liberté guidée par sa raison. Toutefois, l‘instinct serait-il incompatible avec cette liberté ?Nous allons par conséquent considérer qu‘ici l‘idée est de changer les règles du jeu en matière de création en ne prenant uniquement en compte que l‘aspect “plastique” du design entendu comme projection et comme incarnation directe du processus intuitif ou instinctif. Les autres règles déterminant son efficacité et son efficience, existant dans un tout autre rapport de création engageant ici compétences techniques, savoir-faire, etc., n‘auront qu‘une importance seconde et même secondaire. Nous nous efforçons de trouver et de découvrir une capacité de création commune à tous mais s‘exprimant différemment selon les personnes. Pour ce faire, commencons par voir en quoi l‘instinct doit d‘abord être approché dans les termes de la biologie.”
Introduction de Ex-nihilo, 2017
ex-nihilo
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES
2017
Ex-nihilo est un projet d’édition de mon mémoire de DSAA, consacré à la création dite “à partir de rien”. Il interroge la place de l’intuition dans les processus de création et la manière dont une forme, un sens ou une narration peuvent émerger avant tout cadre formalisé ou brief initial.
Ce travail ne remet pas en cause les méthodes, mais questionne leur place dans la temporalité créative : l’intuition comme point d’émergence, la méthode comme outil de structuration, d’analyse et de mise en cohérence.
Dans les pratiques de création, l’intuition est souvent reléguée au second plan, au profit de méthodes, de références et de cadres rationnels censés sécuriser la décision. Dans les domaines artistiques comme dans le design, ces outils sont nécessaires. Mais lorsqu’ils deviennent prescriptifs, ils tendent à produire des réponses attendues, normées, parfois déconnectées de la singularité du geste créatif. L’intuition constitue un mode de décision à part entière, nourri par l’expérience, le vécu et la culture de l’individu, sans pour autant les reproduire consciemment.
“La création intuitive peut donc se qualifier de pure en considérant que tout ce qui constitue l‘intuition (même si cela est d‘ordre extérieur) est ce qui la fait exister. De plus, la décision intuitive n‘emprunte rien aux éléments existants en tant que tels, puisqu‘elle dépend à la fois de l‘intuition de l‘individu [...] et de son présent. Bref, les éléments qui servent cette décision appartiennent au vécu et à l‘expérience, mais le choix final qui en résulte n‘est nullement emprunté et c‘est lui qui constitue la création intuitive.”
Extrait de la deuxième partie, Intuition
Ex-nihilo a profondément structuré ma manière d’aborder le design : laisser émerger une intention juste, puis mobiliser les outils UX pour la rendre lisible, cohérente et partageable.
ce que j’ai appris
[01]
ma manière de concevoir des systèmes créatifs
Accepter que la première impulsion précède l’analyse, que la forme ou l’idée émerge avant d’être rationalisée, testée et structurée.
[02]
Mon rapport à l’UX comme outil de structuration
Laisser de l’espace à l’intuition en amont, puis mobiliser les outils UX pour confronter, affiner et rendre lisibles ces choix auprès des utilisateurs.
[03]
ma sensibilité aux expériences
Me nourrir de tout ce qui m’entoure et me touche pour alimenter mon intuition et m’en servir comme moteur dans tout ce que je produis.
Je laisse ici l’introduction qui pose le cadre théorique et sensible de ma réflexion sur la création intuitive.
“Au cours d‘une expérience professionnelle réalisée dans le but de découvrir l‘univers de l‘entreprise, le directeur artistique nous demandait, avant même que nous n‘ayons pu gribouiller quelques pistes d‘idées, de “piger” sur le sujet pour nous permettre de voir et d‘avoir en référence des visuels qui s‘approcheraient ou représenteraient le résultat souhaité. Ce n‘était qu‘une fois le dossier constitué que pouvait démarrer la “création”. Nous mettons ce terme entre guillemets car pour nous, s‘inspirer directement d‘un travail déjà fait qui plus est correspondant en tout point à ce qui est attendu, c‘est feindre de minorer la copie en se gargarisant d‘être inventif.Nous nous sommes alors posé cette question : la création pure existe-t-elle ? A priori cette interrogation n‘a peu ou pas de sens dans la mesure où, comme la perfection, la pureté n‘est pas de ce monde ; le monde humain est par nature bigarré, composite et mêlé. Pourtant, si nous tenons à croire en l‘existence de la pureté en matière de création, c‘est dans le sens où ce qui est ou serait “pur” renverrait à une absence d‘influence extérieure au sujet, une sorte d‘innocence propre au sujet créatif. Mais alors comment caractériser cette “pureté” ? De quoi celle-ci est-elle le nom au juste ?Nous avons analysé chacune des définitions proposées par le CNRTL02 afin de cerner cette notion polysémique. Ainsi le terme “pur” signifie “qui est sans mélange ; qui ne contient pas d‘élément étranger” mais aussi “qui n‘est pas altéré ; qui n‘est pas corrompu, souillé par un autre élément”, “qui ne dépend pas d‘une autre réalité, d‘une autre faculté”, “qui ne dépend pas de l‘expérience” et enfin “qui donne une impression esthétique sans se référer à quelqu‘un ou à quelque chose appartenant au monde réel ou imaginaire; qui n‘est ni descriptif, ni figuratif”. Rapprochant ces définitions de notre idée de la création pure, nous obtenons un syntagme qui signifie une extériorisation du for intérieur et uniquement de cela, sans l‘ajout d‘éléments externes, notamment culturels. Un processus de création immaculé, vierge de toute intervention extérieure, tel sera le mode opératoire de l‘intuition sur lequel il faudra s‘attarder.Nous ne prétendons pas que tout designer agisse ainsi et nous ne partons pas non plus du postulat qu‘il est possible de créer sans référence (qu‘elles soient directes ou non). Nous sommes tous imprégnés d‘images et de culture, qui surgissent inconsciemment ou non au cours de nos instants de création. C‘est pourquoi nous nous sommes intéressés aux actes guidés par une force sur laquelle nous n‘exerçons ni pression ni contrôle. Des actes qui seraient immaculés de toute culture, des actes purement créatifs, directs, sans détour possible : des actes instinctifs ou intuitifs.Ce que nous voulons, c‘est interroger l‘instinct en tant que puissance interne dont la connaissance consciente est suffisamment faible pour que l‘on ne puisse la contrôler mais suffisamment forte pour qu‘il ne s‘agisse pas d‘un simple réflexe. Cette réaction complexe intrigue de nombreux chercheurs, philosophes et artistes qui n‘ont pas manqué de chacun donner leur propre définition de l‘instinct ou, du moins, d‘en proposer une théorie. Là où certains ne voient qu‘un acte presqu‘automatique ne faisant aucunement appel à l‘intelligence de l‘être vivant, d‘autres pointent une expérience de l‘esprit où le for intérieur s‘exprime selon des règles innées mais où la part de liberté et de variation existe et permet une réaction moins rigide qu‘il n‘y paraît.Et si l‘intuition était, d‘une certaine manière, ce qui tient lieu d‘instinct pour le genre humain ? Existerait-il des situations singulières permettant de faire jaillir cette intuition enfouie, de la saisir pour s‘en emparer, afin de la former tel un feutre et de dessiner avec l‘encre qui l‘anime ? Précisons alors : un bon design serait certes un design bien exécuté. Mais ce qui nous intéresse ici, c‘est ce qui précède l‘exécution, ce qui se passe ou se trame à même le geste créateur ; ce qui plonge ses racines aussi bien dans les profondeurs du corps propre que dans les limbes du psychisme, voire à la croisée, à leur point de rencontre, là où se nouent les fibres animales et le jaillissement des idées, bref, là où on ne distingue pas encore l‘animalité de l‘humanité, la part de l‘instinct et la part de l‘intuition.Par ailleurs, qu‘est ce qui fait d‘un designer un être créatif ? Si la création s‘enracine dans un fond instinctif ou instinctuel, si l‘acte créateur procède d‘une intuition, cela implique-t-il que tout le monde puisse être designer ? L‘instinct à lui seul semble ne pas suffire comme nous aurons à le montrer. L‘intuition est-elle alors redevable d‘autres choses, comme de l‘inconscient mais aussi du travail, ou de sa reprise sur un plan qui n‘est plus seulement intuitif ?Nous nous demandons alors s‘il est possible de mettre à profit autre chose que notre expérience et nos références culturelles dans l‘utopique dessein de créer autrement. Que serait le design ex-nihilo s‘il se basait uniquement (du moins le plus possible) sur notre puissance intérieure ? Que serait la création fondée sur notre véritable intuition, ces états qui sommeillent en nous, qui nous échappent et qui ne s‘expriment que dans certaines circonstances ? Comment peut-on exploiter notre imagination — dans son rapport à l‘instinct — dont nous manquons ou que nous oublions trop souvent au profit d‘images plus concrètes et réelles qu‘ont réalisées nos pairs ? L‘homme a abandonné son aspect animal et aussi par là son instinct au profit de sa liberté guidée par sa raison. Toutefois, l‘instinct serait-il incompatible avec cette liberté ?Nous allons par conséquent considérer qu‘ici l‘idée est de changer les règles du jeu en matière de création en ne prenant uniquement en compte que l‘aspect “plastique” du design entendu comme projection et comme incarnation directe du processus intuitif ou instinctif. Les autres règles déterminant son efficacité et son efficience, existant dans un tout autre rapport de création engageant ici compétences techniques, savoir-faire, etc., n‘auront qu‘une importance seconde et même secondaire. Nous nous efforçons de trouver et de découvrir une capacité de création commune à tous mais s‘exprimant différemment selon les personnes. Pour ce faire, commencons par voir en quoi l‘instinct doit d‘abord être approché dans les termes de la biologie.”
Introduction de Ex-nihilo, 2017
ex-nihilo
MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES
2017
Ex-nihilo est un projet d’édition de mon mémoire de DSAA, consacré à la création dite “à partir de rien”. Il interroge la place de l’intuition dans les processus de création et la manière dont une forme, un sens ou une narration peuvent émerger avant tout cadre formalisé ou brief initial.
Ce travail ne remet pas en cause les méthodes, mais questionne leur place dans la temporalité créative : l’intuition comme point d’émergence, la méthode comme outil de structuration, d’analyse et de mise en cohérence.
Dans les pratiques de création, l’intuition est souvent reléguée au second plan, au profit de méthodes, de références et de cadres rationnels censés sécuriser la décision. Dans les domaines artistiques comme dans le design, ces outils sont nécessaires. Mais lorsqu’ils deviennent prescriptifs, ils tendent à produire des réponses attendues, normées, parfois déconnectées de la singularité du geste créatif. L’intuition constitue un mode de décision à part entière, nourri par l’expérience, le vécu et la culture de l’individu, sans pour autant les reproduire consciemment.
“La création intuitive peut donc se qualifier de pure en considérant que tout ce qui constitue l‘intuition (même si cela est d‘ordre extérieur) est ce qui la fait exister. De plus, la décision intuitive n‘emprunte rien aux éléments existants en tant que tels, puisqu‘elle dépend à la fois de l‘intuition de l‘individu [...] et de son présent. Bref, les éléments qui servent cette décision appartiennent au vécu et à l‘expérience, mais le choix final qui en résulte n‘est nullement emprunté et c‘est lui qui constitue la création intuitive.”
Extrait de la deuxième partie, Intuition
Ex-nihilo a profondément structuré ma manière d’aborder le design : laisser émerger une intention juste, puis mobiliser les outils UX pour la rendre lisible, cohérente et partageable.
ce que j’ai appris
[01]
ma manière de concevoir des systèmes créatifs
Accepter que la première impulsion précède l’analyse, que la forme ou l’idée émerge avant d’être rationalisée, testée et structurée.
[02]
Mon rapport à l’UX comme outil de structuration
Laisser de l’espace à l’intuition en amont, puis mobiliser les outils UX pour confronter, affiner et rendre lisibles ces choix auprès des utilisateurs.
[03]
ma sensibilité aux expériences
Me nourrir de tout ce qui m’entoure et me touche pour alimenter mon intuition et m’en servir comme moteur dans tout ce que je produis.
Je laisse ici l’introduction qui pose le cadre théorique et sensible de ma réflexion sur la création intuitive.
“Au cours d‘une expérience professionnelle réalisée dans le but de découvrir l‘univers de l‘entreprise, le directeur artistique nous demandait, avant même que nous n‘ayons pu gribouiller quelques pistes d‘idées, de “piger” sur le sujet pour nous permettre de voir et d‘avoir en référence des visuels qui s‘approcheraient ou représenteraient le résultat souhaité. Ce n‘était qu‘une fois le dossier constitué que pouvait démarrer la “création”. Nous mettons ce terme entre guillemets car pour nous, s‘inspirer directement d‘un travail déjà fait qui plus est correspondant en tout point à ce qui est attendu, c‘est feindre de minorer la copie en se gargarisant d‘être inventif.Nous nous sommes alors posé cette question : la création pure existe-t-elle ? A priori cette interrogation n‘a peu ou pas de sens dans la mesure où, comme la perfection, la pureté n‘est pas de ce monde ; le monde humain est par nature bigarré, composite et mêlé. Pourtant, si nous tenons à croire en l‘existence de la pureté en matière de création, c‘est dans le sens où ce qui est ou serait “pur” renverrait à une absence d‘influence extérieure au sujet, une sorte d‘innocence propre au sujet créatif. Mais alors comment caractériser cette “pureté” ? De quoi celle-ci est-elle le nom au juste ?Nous avons analysé chacune des définitions proposées par le CNRTL02 afin de cerner cette notion polysémique. Ainsi le terme “pur” signifie “qui est sans mélange ; qui ne contient pas d‘élément étranger” mais aussi “qui n‘est pas altéré ; qui n‘est pas corrompu, souillé par un autre élément”, “qui ne dépend pas d‘une autre réalité, d‘une autre faculté”, “qui ne dépend pas de l‘expérience” et enfin “qui donne une impression esthétique sans se référer à quelqu‘un ou à quelque chose appartenant au monde réel ou imaginaire; qui n‘est ni descriptif, ni figuratif”. Rapprochant ces définitions de notre idée de la création pure, nous obtenons un syntagme qui signifie une extériorisation du for intérieur et uniquement de cela, sans l‘ajout d‘éléments externes, notamment culturels. Un processus de création immaculé, vierge de toute intervention extérieure, tel sera le mode opératoire de l‘intuition sur lequel il faudra s‘attarder.Nous ne prétendons pas que tout designer agisse ainsi et nous ne partons pas non plus du postulat qu‘il est possible de créer sans référence (qu‘elles soient directes ou non). Nous sommes tous imprégnés d‘images et de culture, qui surgissent inconsciemment ou non au cours de nos instants de création. C‘est pourquoi nous nous sommes intéressés aux actes guidés par une force sur laquelle nous n‘exerçons ni pression ni contrôle. Des actes qui seraient immaculés de toute culture, des actes purement créatifs, directs, sans détour possible : des actes instinctifs ou intuitifs.Ce que nous voulons, c‘est interroger l‘instinct en tant que puissance interne dont la connaissance consciente est suffisamment faible pour que l‘on ne puisse la contrôler mais suffisamment forte pour qu‘il ne s‘agisse pas d‘un simple réflexe. Cette réaction complexe intrigue de nombreux chercheurs, philosophes et artistes qui n‘ont pas manqué de chacun donner leur propre définition de l‘instinct ou, du moins, d‘en proposer une théorie. Là où certains ne voient qu‘un acte presqu‘automatique ne faisant aucunement appel à l‘intelligence de l‘être vivant, d‘autres pointent une expérience de l‘esprit où le for intérieur s‘exprime selon des règles innées mais où la part de liberté et de variation existe et permet une réaction moins rigide qu‘il n‘y paraît.Et si l‘intuition était, d‘une certaine manière, ce qui tient lieu d‘instinct pour le genre humain ? Existerait-il des situations singulières permettant de faire jaillir cette intuition enfouie, de la saisir pour s‘en emparer, afin de la former tel un feutre et de dessiner avec l‘encre qui l‘anime ? Précisons alors : un bon design serait certes un design bien exécuté. Mais ce qui nous intéresse ici, c‘est ce qui précède l‘exécution, ce qui se passe ou se trame à même le geste créateur ; ce qui plonge ses racines aussi bien dans les profondeurs du corps propre que dans les limbes du psychisme, voire à la croisée, à leur point de rencontre, là où se nouent les fibres animales et le jaillissement des idées, bref, là où on ne distingue pas encore l‘animalité de l‘humanité, la part de l‘instinct et la part de l‘intuition.Par ailleurs, qu‘est ce qui fait d‘un designer un être créatif ? Si la création s‘enracine dans un fond instinctif ou instinctuel, si l‘acte créateur procède d‘une intuition, cela implique-t-il que tout le monde puisse être designer ? L‘instinct à lui seul semble ne pas suffire comme nous aurons à le montrer. L‘intuition est-elle alors redevable d‘autres choses, comme de l‘inconscient mais aussi du travail, ou de sa reprise sur un plan qui n‘est plus seulement intuitif ?Nous nous demandons alors s‘il est possible de mettre à profit autre chose que notre expérience et nos références culturelles dans l‘utopique dessein de créer autrement. Que serait le design ex-nihilo s‘il se basait uniquement (du moins le plus possible) sur notre puissance intérieure ? Que serait la création fondée sur notre véritable intuition, ces états qui sommeillent en nous, qui nous échappent et qui ne s‘expriment que dans certaines circonstances ? Comment peut-on exploiter notre imagination — dans son rapport à l‘instinct — dont nous manquons ou que nous oublions trop souvent au profit d‘images plus concrètes et réelles qu‘ont réalisées nos pairs ? L‘homme a abandonné son aspect animal et aussi par là son instinct au profit de sa liberté guidée par sa raison. Toutefois, l‘instinct serait-il incompatible avec cette liberté ?Nous allons par conséquent considérer qu‘ici l‘idée est de changer les règles du jeu en matière de création en ne prenant uniquement en compte que l‘aspect “plastique” du design entendu comme projection et comme incarnation directe du processus intuitif ou instinctif. Les autres règles déterminant son efficacité et son efficience, existant dans un tout autre rapport de création engageant ici compétences techniques, savoir-faire, etc., n‘auront qu‘une importance seconde et même secondaire. Nous nous efforçons de trouver et de découvrir une capacité de création commune à tous mais s‘exprimant différemment selon les personnes. Pour ce faire, commencons par voir en quoi l‘instinct doit d‘abord être approché dans les termes de la biologie.”
Introduction de Ex-nihilo, 2017